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 Nature Humanauts

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AuteurMessage
walgui



Nombre de messages: 27
Date d'inscription: 12/04/2006

MessageSujet: Nature Humanauts   Ven 1 Juin à 23:53

Un petit récit fait ce soir, ce matin plutôt Wink
Bonne study

Tout à coup l'air se fait rare, je suffoque, sans râle, sans bruits, ma gorge se serre, se contracte, mes poumons sont vidés, je bande tous les muscles de ma poitrine pour rien, de toute façon il n'y a plus rien à inspirer, rien d'autre que le vide.

Le vide, ni chaud, ni froid, je m'y suis toujours senti bien, bravant la Mort que l'abscence de tout rend si présente, diminuant toujours plus les protections, les equipements de survie. Jusqu'à ne plus porter qu'un respirateur, de l'oxygène pour mon cerveau, mes muscles. Pour ce genre d'expérience, une longue pratique des promenades spatiales est requise, avant de mourir, j'avais 860 heures de sortie dans l'espace à mon actif, dont les 372 dernières avec une partie de mon corps directement exposé au vide.

Les lourds scaphandres pressurisés ne servent à rien, mais c'est tout ou rien, soit vous portez ces 150 kilos d'inertie sur le dos, soit vous vous retrouvez en maillot de bain, pas le choix, le corps humain ne peut pas avoir une partie confortablement maintenue dans une atmosphere protectrice et le reste exposé au néant.

Les respirateurs actuels fournissent à peu de choses prêt ce que vous trouvez en haut du Mont Everest, cela limite quelque peu vos performances athlétiques et votre capacité de jugement. Pour ce qui est de la température, pas d'atmosphère, pas d'échange thermique, un corps inerte restitue autant d'énergie qu'il en reçoit, sous forme de rayonnement. Le corps humain n'est pas inerte, il brule de l'oxygène et des aliments pour actionner les muscles, et les autres processus chimiques produisent aussi de la chaleur, donc le corps humain s'échauffe, la fièvre grimpe, assez vite. Les serpentins courant sur les combinaisons de vol des astronautes véhiculent de l'eau froide, et malgrès cela, on se retrouve vite en train de mijoter dans son scaphandre.

néanmoins, le corps humain est bien fait, et il sait réguler sa température, en tranpirant dans l'espace, votre sueur s'évapore dès sa sécrétion, l'eau liquide ne peut pas exister dans le vide, par manque de pression. Cela crée un échange thermique interressant, la sueur emporte avec elle de l'énergie, et c'est tant mieux. N'espérez pas rester des heures dehors cependant, enfin, pas n'importe ou.

Les "Nature Humanauts", la petite communauté de fous s'adonnant aux sorties spatiales en tenue légère, dont j'ai une carte de membre, possède un spot qui n'a rien de secret, mais qui est plutôt savamment calculé. Cela peut être modélisé comme la surface d'une sphère, ayant pour centre le Soleil, et comme rayon, la distance précise à laquelle le rayonnement solaire compense la perte d'énergie par transpiration et rayonnement thermique, l'endroit précis ou vos réserves d'air sont la seule limite, et le nombre de neurone qu'il vous reste.

Par une belle matinée, se distinguant uniquement du reste de la journée par la sonnerie stridante du réveil, j'avais décider de battre le record de sortie spatiale, toutes catégories confondues. Pas pour le geste sportif, ni pour le challenge, ni pour la gloire, à l'instant ou je me levais, je ne savais pas encore que j'allais pulvériser les temps. La plénitude que l'on ressent lorsque l'on flotte totalement libre dans l'espace est ma seule motivation, on peut comparer cela à une drogue, de toute façon, vu les réductions des facultées intellectuelles et physiques que cet exercice engendre, les drogues de synthèse les plus violentes, les drogues les plus dures sont proches de l'absorbption d'un verre de soda.

J'enfilais donc ma combinaison, un simple short, pris mon respirateur, un petit tube de métal de vingt centimètres de long, cinq de diamètre, muni d'une sorte d'orifice comme les appareils de plongée sous marine. Avis à ceux qui ne respirent que par le nez, restez sur Terre. La vieille station saliout de récupération que moi et mes camarades habitions tombait en morceaux, l'avantage de l'espace c'est que les morceaux ne tombent pas vraiment. L'étanchéïté était néanmoins une des rares choses garanties, un énorme assemblage de déchets spatiaux nous protégeait des colères du soleil. La dose de radiations reste très forte, car dans l'espace, en short, il n'ya pas grand chose pour arrêter les rayons solaires de haute énergie. L'espérance de vie n'est pas réellement un problème, de toute façon, une panne de respirateur ou un oedeme cérébral cloturent le trip plus rapidement qu'un cancer.

Je fixais à mon short un petit lecteur de musique, les écouteurs dans les oreilles, je me dirigeais vers le sas. La musique est importante, pour l'ambiance, et le bien être mental au milieu du néant. Mais elle peut aussi tuer, rendre fou, en effet, la pression appliquée à l'oreille interne par les écouteurs est interprétée par le cerveau comme un changement de position, et ainsi, même immobile, vous avez l'impression d'être balloté dans tout les sens. C'est la différence de pression entre les oreilles qui indique un mouvement, les morceaux sont donc à écouter en mono, uniquement. MAis comment peut-on écouter du son dans le vide ? simplement de part le fait que les ecouteurs vibrent dans les os de votre crane, par mouvement mecanique, pour les oreilles, cela ne fait aucune différence.

Dans le sas, les oreilles bouchées avec des bouts de silicone pour eviter une explosion du tympan lors de la dépressurisation, je commençais doucement à basculer dans un état de béhatitude, les yeux fermés, j'attendais que la porte s'ouvre pour voir les etoiles briller à l'infini. J'attachais mon leash à ma cheville, l'autre bout de cette fine cordelette de kevlar de 150 mètres est attachée au vaisseau. C'est le seul moyen de retourner à bord, au prix d'une manoeuvre périlleuse, qui, d'un seul geste, vous permer d'arriver en douceur vers le vaisseau, pour attrapper une des rampes qui en font le tour. Si l'on tire trop fort, soit on s'écrase sur la coque, soit on dépasse le vaisseau, et la cordelette vous rapelle le lien indéflectible que vous avez avec la station spatiale. La cordelette de kevlar ne coupe jamais, les chevilles humaines n'ont en revanche pas cette résistance, les fixations de la cordelette au vaisseau peuvent aussi avoir leurs défauts, ce qui fait que quelques sorties deviennent permanentes.

Si on pense que l'on peut mourir au moment de s'élancer dans le vide, autant retourner se coucher, ça m'est arrivé, et j'ai bien dormi. Le risque est gérable, mais omniprésent, et de façon très intense. Je en suis pas suicidaire, loin de là, je compte faire cela le plus longtemps possible, vieillir en sortant dans l'espace, mais je sais que j'y mourrais aussi.

J'y suis mort. D'une façon très stupide, mais alors vraiment très stupide. Je me suis endormi.

Dans l'espace, pas de repère de temps, pas de repère spatiaux (c'est un comble), et le corps en état de somnolence, de flottement, la sieste est cependant prohibée, parce que le corps ne se reveillera que trop tard. C'est ce qui m'est arrivé, j'ai fermé les yeux, laissé mon attention allez voguer du côté de chez Morphée, révé d'étoiles, de supernovae. Puis je me suis reveillé, brutalement, par manque d'oxygène, au bout d'un roupillon qui restera dans les annales des agences spatiales, trois heures du meilleur sommeil que je n'ai jamais eu, en tournant lentement sur moi même pour réguler la température sur tout le corps. Je ne me suis même pas débattu, après 3 heures de sieste en haut de l'Everest, les muscles ne répondent plus, le cerveau à peine, seuls restait l'instinct primaire et animal de survie, respirer, à tout prix, en grillant les dernières ressources que mon corps avait en lui. Quelques secondes de bataille, puis le vide a gagné.

Le néant a gagné sur mon corps, sur ce morceau de viande que j'ai vu se débattre devant moi. Oui, devant moi, j'ai assisté à la scène. Je crois que je me suis séparé de cet encombrant fardeau lors de mon rêve, parce que les étoiles parcourant mes songes étaient bien trop réelles pour n'être que des illusions, ou des réminiscences de ma mémoire. D'ailleurs en matière de mémoire, je ne sais plus grand chose, je flotte dans le vide, mais que s'est-il passé avant ? et pourquoi je vous raconte cela ? pourquoi je suis là à déblatterer sur cet infime partie de mon existence qu'a été cette enfer de contraintes ?

Je suis bien au delà du temps maintenant, qui s'éloigne, une notion floue, au delà des distances, l'Univers, les galaxies, l'éternité pour visiter cela.

Je comprends mieux un vieux souvenir qui s'estompe, les camarades morts dans l'Espace, ils avaient tous le sourire, malgrès les souffrances des derniers instants. La dernière image d'une infime partie de rien, qui se perd entre les 2 galaxies que je survole.


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MessageSujet: Re: Nature Humanauts   Sam 2 Juin à 15:30

Waw !
Chapeau bas ! Fabuleux ce récit ! Je rajouterai même à la playlist "Air - Night Sight" qui est sur leur dernier album. Franchement bravo Walgui, c'est du très très bon. Je me suis laissé transporté 20 minutes au-delà de mon quotien. Merci pour ce morceau d'évasion.
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Nature Humanauts

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